Edouard Manceau
Edouard Manceau
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Présentation
Rencontre avec Édouard Manceau
Pourriez-vous nous parler un peu de vous et nous raconter ce qui vous a donné envie d’écrire ?
Je suis fasciné depuis toujours par les enfants de 4-5 ans. Ils savent parler, imaginer, courir, sauter, danser… ils savent tout faire et ils ne sont surtout pas blasés. Ce sont parmi les humains ceux qui, de loin, me fascinent le plus. J’aime parler avec eux de manière directe, franche, d’égal à égal en ne les prenant surtout pas de haut. Au contraire, comme dit merveilleusement Jeanne Ashbé, il faut se hisser à leur hauteur. De fil en aiguille, j’ai développé une relation évidente, simple avec eux. Cela est très naturel, intuitif et ce chemin se fait tout seul. Je crois que rien ne me fait plus plaisir que de voir et entendre rire un petit… Les enfants agissent sur moi comme des muses. C’est sans doute d’avoir beaucoup parlé avec eux, de les avoir toujours beaucoup observés qui fait que je suis resté en contact avec eux et que ça m’a un jour donné envie de leur écrire des histoires. J’ai aussi toujours pensé que pour être un adulte accompli, il faut avoir gardé tout entier l’enfant qui est en soi. C’est mon cas, je peux me remettre facilement à jouer comme quand j’avais cinq ans. Et je suis ainsi relié tout de suite à eux…
Quelle est, selon vous, la particularité d'écrire et d'illustrer pour les tout-petits (0-3 ans) et quelle place accordez-vous à l'adulte (lecteur) dans ce processus de création ?
Il me faut écrire comme on joue. J’adore jouer. Une place très importante, permanente. Pour l’expliquer, rien de mieux qu’un exemple concret. L’été dernier, une fille d’amis qui a six ans a passé cinq jours chez nous. J’avais remarqué qu’elle laissait tout le temps ses tongs traîner dans la maison et qu’elle les cherchait partout. Notre appartement est très haut de plafond et un matin, avant qu’elle se lève, j’ai été poser ses tongs à plus de trois mètres de hauteur, presque au plafond dans une petite niche. Dialogue à son lever…
- Oh regardez ! Il y a mes tongs là-haut !
- Ah ça c’est encore un coup des chourmis ! (l’air navré)
- Les chourmis, c’est toi ça les chourmis ?
- Les chourmis c’est des petites bêtes invisibles qui sortent la nuit et qui montent les choses qui trainent au plafond.
- C’est vrai ?
- Mais bien sûr ! Comment veux-tu que tes tongs soient montées toutes seules ? Moi ça m’est arrivé la semaine dernière, j’ai retrouvé une chaussette sur la rangée du haut de la bibliothèque.
– C’est vrai ?
- Eh, tu crois quand même pas que je suis en train de te raconter des histoires ? Je suis sérieux !
Tout cela m’est venu spontanément et naturellement. Ne me demandez pas pourquoi j’ai inventé ce mot de chourmis. Mais la petite est repartie persuadée du fait et a exposé ça chez ses parents, convaincue ! La place du jeu est permanente dans ma vie et savoir jouer avec une simple paire de chaussures qui traine, c’est la garantie qu’on ne s’ennuiera jamais dans la vie… J’écris comme ça. Quant aux adultes, je n’y pense pas plus que ça. Je mets en place un dispositif qui donne facilité à l’adulte pour raconter. Mais mon public, c’est l’enfant. Et l’enfant qui est enfoui dans l’adulte…
La thématique de l’édition 2027 de Festi’Petits s’intitule « Pour de rire ! ». Quels sont, selon vous, les ingrédients qui font rire les tout-petits ?
À mon humble avis, ce qui fait rire les enfants, c’est le burlesque, une façon peu inhabituelle de s’adresser à eux, un truc qui les surprend. Quand vous croisez un garçon de cinq ans, dites-lui le plus sérieusement du monde : « Bonjour madame ! » Il va être surpris, étonné et il va rire. À tous les coups ça marche. Mais il n’y a pas de recette, l’humour peut surgir à tout moment. IL faut être très attentif et avoir ce don de voir l’absurdité de notre monde. Pour ça, encore une fois, il faut avoir gardé ses yeux d’enfant.
Quelle importance la musicalité, le rythme et les répétitions ont-ils dans votre écriture pour les tout-petits ?
Je suis toujours à l’affût du bruit que font les mots. Plus c’est musical, plus ça résonne dans la tête des enfants. Ça désacralise notre langue française très élaborée et parfois compliquée. Je compose certains de mes textes comme un musicien, ni plus ni moins. Comme si j’écrivais une chanson. Ce que je veux, c’est chatouiller l’oreille des enfants, que les mots deviennent des amis qui le font sourire. Caoutchouc, Pomme d’Api ou roucouler sont par exemple des mots où le son passe presque avant le sens. C’est primordial pour moi dans l’écriture pour les petits…