Béatrice Rodriguez
Béatrice Rodriguez
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Présentation
Rencontre avec Béatrice Rodriguez
Pourriez-vous nous parler un peu de vous et nous raconter ce qui vous a donné envie d'écrire ?
J'aime raconter des histoires, et j'aime dessiner depuis toute petite, le métier d'illustratrice m'a paru évident. En 1996, je suis sortie diplômée de la Haute école des arts du Rhin (La HEAR), trente ans déjà. Au début j'ai fait de la presse, des ouvrages scolaires, parascolaires et peu à peu les éditeurs m'ont donné leur confiance pour réaliser des albums.
Quelle est, selon vous, la particularité d'écrire et d'illustrer pour les tout-petits (0-3 ans) et quelle place accordez-vous à l'adulte (lecteur) dans ce processus de création ?
Pour les tout-petits, il faut clair, limpide. Tendre vers la simplicité, vers l'essentiel. C'est une écriture particulière.
Et pour autant, chaque détail devient essentiel. Chaque détail doit être soigné. Dans mes albums, je donne des intentions avant de les commencer. Par exemple pour Poussin a faim ! : simplicité, humour, joie, légèreté, couleurs fraiches, personnage attachant.
Aussi je mets beaucoup d'amour et d'empathie lorsque je dessine. Pour les lecteurs adultes, j'ai mis très peu de mots. Chacun peut raconter l'histoire à sa façon avec plus ou moins de mots ou de suspens. Je laisse une grande part de liberté aux adultes. Et je leur fais confiance pour s'accaparer le livre et le faire vivre.
L'édition 2027 de Festi'Petits s'intitule « Pour de rire ! ». Quels sont, selon vous, les ingrédients qui font rire les tout-petits ?
Dans Poussin a faim !, j'ai joué sur la surprise, sur l'aspect magique de tourner ou de soulever la page et de découvrir la suite. L'image cachée que l'on découvre. J'ai joué sur le mimétisme, sur le camouflage.
Lorsque je crée, je ne réfléchis pas trop, je fais plus confiance à mon intuition. Si je me fais rire moi-même, c'est un bon départ.
Dans Poussin a faim !, les rabats créent du suspense et de l'humour. Comment avez-vous imaginé ce dispositif, et quelles réactions espérez-vous provoquer chez les tout-petits ?
Il y a fort longtemps, je lisais à mes enfants : Pique-nique, tempête et naufrage… de J. S. Goodall. L'auteur utilise le procédé de la demi-page intérieure pour faire évoluer les personnages dans le décor. Je trouve ce système simple et judicieux. Je l'utilise dans la première page.
Dans mon projet initial, Poussin devait se déplacer dans les pages avec ce système, mais hélas c'était trop coûteux, seule la première page a été conservée. Pour les pages avec rabat, pour créer la surprise, cette technique m'est apparue comme la plus adaptée. La lecture reste dans la continuité de la page. Un peu comme si le lecteur soulevait le décor.
Je cherche à provoquer la surprise chez les tout-petits. Le lecteur retrouve des éléments, mais pourtant, ce n'est plus la même image, ça n'a plus le même sens. Le petit lecteur s'est fait duper comme Poussin. Regarder ce qui change, et ce qui ne change pas. En quoi le ver se transforme soudainement.
Pour la fin, je voulais que Poussin soit enfin récompensé de sa curiosité. Enfin, qu'il puisse manger.
En seconde lecture, on voit sur la première page le pique-nique déjà presque prêt : la nappe, le panier et la bouteille, et sur la dernière page, on voit le trajet du poussin depuis sa maison. J'aime bien retrouver cette logique de la permanence des objets et des lieux.