Le Texte - Les imprimeurs-libraires

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Naissance d'une profession : l'éditeur

En 1701, l’abbé Bignon fait promulguer un règlement qui réforme l’administration de la librairie et de l’imprimerie. Modifié le 28 février 1723 pour Paris et rendu commun à tout le royaume le 24 mars 1744, il fait loi jusqu’en 1789.
À la veille de la Révolution, environ 150 villes de France possèdent au moins une imprimerie. Mais l'essentiel de la production imprimée se concentre à Paris, les imprimeurs provinciaux vivant en grande partie de réimpressions, licites ou non, et de publications d'intérêt local.
La profession de libraire se sépare souvent de celle d’imprimeur. On distingue en outre le libraire d’assortiment, l’équivalent de notre libraire actuel, du libraire de fonds qui se charge en plus de solliciter les auteurs, de lire et éventuellement de publier les manuscrits qu’il achète pour les débiter dans son unique boutique fermée pendant les fêtes religieuses et le dimanche. Le plus représentatif de ces hommes est Charles-Joseph Panckoucke, patron de presse, auteur, traducteur et dont le grand œuvre éditorial est l’Encyclopédie méthodique.

panckoucke.jpgÀ la même époque, se dégage la figure de l’éditeur scientifique dont le prototype est Denis Diderot, directeur littéraire, auteur, correcteur et éditeur de l’Encyclopédie. Beaumarchais joue aussi ce rôle à Kehl pour la publication des œuvres de Voltaire et de Rousseau.
Ce n’est qu’au XIXe siècle que la division des tâches imposera la séparation entre les professions de "libraire" et d’"éditeur".

Sous l’Ancien régime, les libraires et imprimeurs parisiens exercent sous l’œil du pouvoir royal et de sa police. En 1697, une première liste publiée par la communauté recense les noms, prénoms et dates de réception de tous ses membres. La liste de 1703 parvient à l’effectif record de 293 individus. Maintenus sous la dépendance de l’Université, ils doivent demeurer dans le quartier, rive gauche qu’ils désertent à la fin du siècle pour rallier le nouveau pôle du commerce du livre, le Palais-Royal, placé sous le patronage des plaisirs et de la mode.
Ils ne sont autorisés à éditer qu’après avoir obtenu le privilège du lieutenant général de police, l’approbation des censeurs et les lettres patentes du grand Sceau.
Sous peine d’amende et de confiscation, ils ont obligation de mentionner leur nom et adresse au commencement ou à la fin des ouvrages qu’ils publient. Dès les balbutiements de la chose imprimée, leur marque occupe une place de choix dans l’architecture de la page de titre.

 dupuis.jpgIls sont assujettis au dépôt légal de huit exemplaires : trois exemplaires brochés à la communauté des libraires, deux à la bibliothèque du roi, un au cabinet du château du Louvre, un au garde des sceaux et un au censeur qui lit l’ouvrage. Les libraires seuls ont la faculté de décrire les livres et d’organiser les ventes de bibliothèques, mais sans publicité. Une librairie ne peut être transmise sans la permission du lieutenant de police.
Depuis 1791 le libraire est assujetti à l’impôt de la patente.
La Convention, par décret-loi du19 juillet 1793, affirme la propriété de l’auteur sur son œuvre, mais n’apporte aucune restriction à l’exercice du commerce de la librairie, à la condition d’être pourvu d’un certificat.

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 Le privilège du roi

Apparu à la fin du XVe siècle, c’est une sorte d’exclusivité accordée pour une période déterminée, en général trois ans, mais bien plus dans les faits puisqu’il est renouvelable. Il est censé garantir de la contrefaçon, mais cette législation a ses limites, car les éditions pirates sous fausses adresses restent fréquentes. La politique interventionniste des pouvoirs civils et religieux pour agir sur l’opinion est favorable à quelques grandes maisons constituées en oligarchie. Elle incite les autres, notamment les imprimeurs provinciaux, à la dissimulation et à la clandestinité. L’arrêt du conseil du 30 août 1777 vient remettre en cause le monopole de la librairie parisienne.


Fausses adresses

Le lieu d’édition peut être déguisé ou imaginaire, combiné à un nom d’éditeur fictif ou de fantaisie, ce qui est passible de trois mille livres d’amende et de confiscation des exemplaires au titre de faussaire.
L’imprimeur parisien Valade, associé au marchand libraire Cazin , se dissimule sous la fausse adresse : "A Venise : chez Pantalon –Phébus" pour déjouer la censure.
Montesquieu publie le Temple de Gnide sous couvert de l’anonymat en raison de son caractère voluptueux, sinon licencieux.

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La charge d’imprimeur ordinaire du roi

Pour exécuter les impressions relatives à l’administration royale, les autorités s’attachent les services d’imprimeurs attitrés qui portent le titre d’imprimeurs ordinaires du roi. Ils réalisent des "travaux de ville" nommés aussi "bilboquets", c’est-à-dire des publications éphémères, comme les affiches et annonces.
La charge est décernée nominativement et publiquement par lettres patentes. En principe les privilèges se perdent au décès de celui qui en est pourvu. Dans la pratique, ils se lèguent de père en fils ce qui crée de véritables dynasties d’imprimeurs du roi, qui comptent leurs ancêtres par ordre numérique comme les familles titrées.
Elle peut être attribuée en récompense des services rendus par le bénéficiaire ou un membre de sa famille dans l’exercice de son métier. Il faut répondre de ses bonnes mœurs et être catholique. Il faut maîtriser l’art de la typographie ; l’imprimeur ordinaire est attaché à la personne du roi et compte parmi ses officiers. Il est au service du pouvoir et du bien public avant d’assurer son intérêt personnel.

 

Portrait d'un libraire

Reçu dans la communauté des libraires en mai 1759. Libraire ordinaire du comte d’Artois (1766). Lors du rachat de la bibliothèque du marquis de Paulmy (Arsenal) par le comte d'Artois (juin 1785), Saugrain devient aussi "garde de ladite bibliothèque", qu'il contribue à sauver le 14 juillet 1789. Conservateur du "dépôt littéraire" qui en septembre 1792 est organisé à partir de la bibliothèque de l'Arsenal. Seul confirmé à ce poste jusqu'au "règlement provisoire" du 1er juin 1797 où la direction de la bibliothèque, déclarée "nationale et publique" en avril 1797, est partagée avec Ameilhon ("bibliothécaire").

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Probablement Claude-Marin II, petit-fils de Claude-Marin I, auteur du code de la librairie.